LE MONTAGE D’UNE EOLIENNE
comme si vous y étiez !L’éolien en France, c’est 0.01% de l’électricité produite, c’est dire que l’image n’est pas courante dans le paysage. Suivre le chantier de montage d’une éolienne devient une expérience pour le coup statistiquement encore moins probable. Nous avons eu le bonheur de la vivre et nous souhaitons dans cet article vous faire partager nos rencontres, ce que nous avons vu, entendu et appris.
Fin janvier 2005, dans le « Pays de Redon », au carrefour des trois départements de l’Ille et Vilaine, du Morbihan et de la Loire Atlantique, le projet d’investissement de Monsieur Lecoq, un particulier, par ailleurs à la tête d’une entreprise de « fourniture de pièces détachées pour matériel agricole, » entre dans sa dernière phase, le montage.
Une éolienne, qu’est ce que c’est ?
Une éolienne ou aérogénérateur est un outil qui permet de transformer l’énergie cinétique du vent récupérée par la rotation des pales, en énergie électrique. Elle se compose de trois parties principales : le mât ou la tour, la nacelle, le rotor formé par les pales et le hub. Il faut y ajouter les fondations qui donnent sa solidité à l’édifice et le poste de livraison en charge de l’évacuation du courant vers le réseau EDF. L’achat de l’électricité produite par les installations inférieures à 12 MW est prévu par la loi du 10 février 2000, à un prix fixé par l’arrêté tarifaire du 8 juin 2001.
Les protagonistes de cette aventure.
Le chantier d’une éolienne implique de nombreux acteurs : le propriétaire foncier, Monsieur Lecoq ; le maître d’ouvrage, Lecoq.sa ; un bureau d’étude indépendant, Wind System en charge de l’élaboration de la notice d’impact ; une société d’électricité, Sotrelec ; un fabricant d’éolienne, DeWind ; les autorités administratives pour leurs domaines respectifs, mairie, préfecture, aviation civile et militaire, Direction Départementale de l’Equipement (DDE), DIrection Régionale de l’ENvironnement (DIREN)…
Au hasard des rencontres sur le chantier, ils nous ont dit, nous avons vu :Celui sans qui rien ne serait arrivé : Le porteur du projet, Monsieur Lecoq qui nous a déclaré son souhait de « produire de l’électricité de la manière la plus propre possible. » Notre rencontre avec lui est notre premier contact avec le monde de l’entreprise, elle est enthousiasmante. Le ton est détendu et riche de nombreuses informations sur la constitution et le parcours administratif du dossier, les travaux de génie civil indispensables et les caractéristiques techniques de son éolienne.
Depuis deux ans, son projet a passé avec succès les différentes étapes de la procédure française : notice d’impact, comprenant l’analyse des impacts liés aux activités de construction et au fonctionnement de l’éolienne, analyse des impacts sonores, visuels, sur l’avifaune, analyse des impacts des projections d’ombres et analyse des perturbations sur la réception des ondes radioélectriques ; puis enquête publique et permis de construire.
Avant le montage, des travaux préalables ont été réalisés. Les fondations sont terminées depuis un mois, délai nécessaire au séchage de leurs 600 tonnes de béton armé. Elles plongent à 10 mètres sous terre, sur un cercle de 14 mètres de diamètre. Un chemin d’accès pour les engins de chantier a été aménagé entre la route et l’aire de montage. Le poste de livraison est installé et un câble moyenne tension souterrain le relie au site de la future éolienne, proche du bâtiment de l’entreprise, en zone industrielle. On remarque la présence de trois grues. Deux venues du Nord de la France, siège de la société Sarens, l’une servant à monter l’autre. Une troisième de la société Brest Levage chargée d’aider la grue principale de 300 tonnes pour le levage des pièces.
Au chapitre des caractéristiques techniques de la machine, c’est un modèle D6 de marque DeWind, à axe horizontal. Elle a une puissance de 1.25 MW, soit la consommation de 1 000 habitants. Elle mesure 98 mètres à hauteur de pale, pèse 160 tonnes, avec un rotor de 64 mètres de diamètre. Sa durée de vie est estimée à 25 ans.Lancke ou le don d’ubiquité : Le téléphone portable ajusté à l’oreille lui permet d’être en Allemagne quand il est à Redon et d’être à Redon quand il est en Allemagne. Sur le chantier, il parle avec tout le monde avec plus ou moins de facilité selon la langue dit-il, mais nous avons pu constaté qu’il n’en était rien, juste une trop grande humilité. Lors de son bref passage sur l’aire de montage, le représentant du fabricant, l’allemand Kristian Lancke nous a présenté le groupe DeWind. C’est un constructeur d’aérogénérateurs installé en Allemagne, à Lübeck, fondé en 1995 et faisant partie depuis 1999 des dix plus grands constructeurs d’éoliennes. Il installe des éoliennes dans le monde entier, entre autre au Japon, en Chine, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, au Danemark, en Scandinavie et en Italie. DeWind fabrique en propre l’élément technique majeur, la nacelle, véritable salle des machines qui contient entre autre le multiplicateur et la génératrice. La production des pales, du hub et de la tour est externalisée vers des entreprises spécialisées.
Les nouveaux cow-boys solitaires : Pour eux, la route est une forme de liberté, au volant de leurs camions rutilants et arborant des aigles blancs à l’avant. Pourtant, ils ont des parcours étudiés, leurs convois exceptionnels sont suivis à la trace. Ils sont arrivés avec plus ou moins de retard, d’abord, venus d’Angleterre, le hub et la nacelle, puis venues d’Allemagne, les trois pales, une par camion, et bons derniers, retardés par la neige et l’interdiction de circulation du week-end, les trois tronçons de la tour, venus de Pologne. Avec leurs camions de plus de 30 mètres de long, chaque manœuvre se négociait déjà, ils l’ont fait avec la neige en plus. A leur arrivée, ils acceptaient encore avec le sourire de poser pour une photo. Responsables de leur chargement tant qu’il n’est pas livré sur site, ils dorment et mangent avec leur camion, écartant toute présence inopportune. Dès que l’accès leur sera permis sur l’aire de montage et que leur camion sera délesté de leur chargement, ils repartiront vers d’autres aventures, en nous saluant d’un geste de la main.
Des hommes entre ciel et terre, l’équipe DeWind et le grutier, cerveau de la dame de fer : Ils sont les maîtres du bal, ils allient compétences techniques et qualités sportives. Ils savent être funambules sur le fil d’une pale pour actionner un cric de levage, contorsionniste pour s’extraire de l’intérieur d’une pièce après avoir participé à l’ajuster, ou alpiniste quand ils grimpent avec aisance au sommet de la tour. Dans toutes ces positions où leur sécurité dépend de leur agilité, ils exécutent des taches avec dextérité.
Ils posèrent tout d’abord une structure métallique sur les fondations où ils disposèrent les installations électriques de l’éolienne. Cette structure créa un second niveau au sein du premier tronçon. Puis ils recouvrirent le tout avec le premier tronçon de la tour. Celui-ci fut boulonné sur toute sa circonférence extérieure au socle de l’éolienne, coulé dans les fondations. Les second et troisième tronçons furent de même boulonnés au précédent, mais sur leur circonférence intérieure. Ensuite, ce fut le tour de la nacelle de rejoindre le haut de la tour, avec sur son toit deux anémomètres destinées à l’orientation des pales et deux girouettes pour celle de la nacelle. Chaque envol de pièce est précédé par une longue préparation. Le montage de cette station météo ou l’assemblage du rotor furent ainsi exécutés au sol.
Lors de chaque assemblage, le même spectacle s’est rejoué, certains guidaient la pièce depuis le sol grâce à des cordes, d’autres l’ajustaient et la fixaient depuis l’intérieur et la grue maintenait l’ensemble.
Ces hommes doivent également communiquer par delà les distances et leurs langues. Ainsi, entre le sol, les pièces et la grue, la communication est assurée par le langage des signes et par quelques mots choisis d’une langue à l’autre, portés par les ondes radio des talkies-walkies.
On le voit, c’est une équipe où chacun dépend de l’autre, mais à certains moments particuliers tout repose sur un seul, le grutier. Que ressent-il au moment du levage du rotor, ce mastodonte qui balaye une surface de 3217m2, et à qui il réussit à donner des allures de légèreté, en le promenant dans les airs dans un silence quasi religieux et dans un temps qui n’en finit pas. On regarde, on retient son souffle et une fois le rotor en place, à 67 mètres de hauteur, en bout de nacelle, il règne tout à coup une sensation d’aventure achevée. Pourtant, il reste les câblages et connexions électriques, et bien sûr le démontage de la grue.L’homme qui murmure à l’oreille des armoires électriques : Pour lui l’aventure continue, il dirige les secrets de la fée électricité. Christophe Tremelo, fondateur de la société Sotrelec localisée à Béganne, est en charge du raccordement au réseau EDF. Il suit des yeux chaque étape du montage, plus particulièrement lors de la pose du transformateur et de ses protections dans la partie basse de la tour. Depuis 4 ans qu’il travaille dans le secteur de l’éolien, il a vu le nombre des installations grimper de façon vertigineuse. En témoigne ses vingt installations d’éoliennes en 2004 et les quarante-deux contrats pour 2005.
Nous sommes sortis de cette aventure ravis et enrichis. Le chantier avait été pour nous le facteur de nombreuses rencontres par delà les générations et les frontières. Nous avions également découvert son double visage entre bonne ambiance et concentration. De la recherche d’information, nous étions passés à l’interview, puis à l’observation du chantier. Ce pas de géant ne fut rendu possible que par la bienveillance de l’entreprise Lecoq.sa à notre égard et par son souci pédagogique en général. En témoigne les panneaux d’information qui seront placés au pied de l’éolienne. On nous a permis d’enrichir avec ces moments magiques la démarche globale de notre projet de classe sur l’éducation à l’environnement, au développement durable et à l’écocitoyenneté. Nous en avons fait un diaporama PowerPoint, un outil d’information à destination des scolaires. Après projection à la classe dans le cadre d’un travail plus global sur l’énergie en lien avec l’ADEME, il prendra place au CDI du lycée. Il pourra être un support utile lors de diffusions d’informations sur l’énergie dans des établissements de la région.
Ecrit par Roman Le Goff Latimier, seconde européenne
Lycée Saint Sauveur 35600 REDON FRANCE