Comment concilier l'eau d'un fleuve et la vie locale ?
Un exemple en vallée du RhôneEn moyenne vallée du Rhône, près de Roussillon, l’ Homme cherche à concilier les différentes utilisations de l’eau du fleuve et surtout de la nappe phréatique, avec le maintien du débit de l’eau nécessaire à la survie d’une mosaïque de milieux naturels.
Quel avenir peut-on envisager pour « notre » fleuve et « notre » vallée ?
C’est à travers la rencontre des différents acteurs de la vie locale, tout au long de l’année scolaire, que nous avons essayé d’en savoir un peu plus….
13 janvier 2006, rencontre avec Monsieur PONT, conservateur de la réserve naturelle de l’île de la Platière.
A mi-chemin entre Lyon et Valence, la Réserve Naturelle de « l’île de la Platière » abrite un environnement d’une richesse remarquable. Le Rhône, resté longtemps sauvage, divaguait autrefois dans la plaine alluviale et inondait régulièrement cet ensemble naturel.
Malheureusement, suite à l’aménagement du fleuve dans les années 1970,
« seulement 1% du débit du fleuve s’écoule encore dans l’ancien lit du Rhône (le « vieux Rhône ») pour 99 % dans un canal de dérivation ! », explique Monsieur PONT.
Au cours du temps, le fleuve a subi de nombreuses métamorphoses, il est passé d’un style tressé où de nombreux bras s’entrecroisent et où il y a peu de profondeur à un style à méandres où il n’y a qu’un seul et profond bras dans la vallée. Le Rhône a traversé ces différents styles,
« mais à cause des activités humaines, il est maintenant « figé » en style tressé… et cela depuis la construction du barrage et de son canal de dérivation par la CNR (compagnie nationale du Rhône)...
Les activités humaines ne l’ont pas seulement « figé », elles prennent aussi la quasi-totalité de son eau , il ne lui reste qu’un petit pour cent de son débit d’autrefois », ajoute Monsieur PONT.
Que d’eau pour l’Homme et si peu pour la nature, est ce bien raisonnable ?30 septembre 2005 et 24 mars 2006, sorties sur le terrain avec Claire et Nicolas, animateurs nature de l’association « les amis de l’île de la Platière »
L’île de la Platière, coincée entre le « vieux Rhône » et une immense plate forme chimique, est soumise à une pression urbaine très forte, « il est très important de protéger cet ensemble naturel, alimenté par la nappe phréatique, où l’on trouve une faune et une flore très riches et quelques espèces très rares, comme l’Orchidée du Castor, unique en Europe », nous dit Nicolas.
L’agglomération de Roussillon compte en effet environ 100 000 habitants qui consomment énormément d’eau provenant de la nappe phréatique, et les usines chimiques toutes proches « pompent en une journée ce dont a besoin en un an un village comme Sablons (environ 2000 habitants), c'est-à-dire 170 000 mètres cubes d’eau », ajoute-t-il….Cela est considérable et les années très sèches, comme en 2003, le niveau de la nappe descend à un niveau critique pour la vie animale et végétale, mais aussi pour les activités humaines.
Les agriculteurs locaux, qui, eux aussi, utilisent l’eau de la nappe phréatique, pour irriguer leurs cultures, ont du cesser le pompage de l’eau au cours de la journée durant tout l’été 2003 !
Qui n’a pas besoin d’eau, nous direz-vous ? Aucun être humain, bien sur… ni même les animaux et les végétaux pour qui elle est indispensable…17 mars 2006, rencontre avec Monsieur KRESS, responsable environnement de la plate forme chimique des Roches- Roussillon
Les élèves : « On nous a dit que les usines chimiques pompent énormément d’eau dans la nappe phréatique, est ce vrai ?
Monsieur KRESS : « La plate forme chimique possède effectivement plusieurs puits de pompage dans la nappe phréatique, et elle prélève environ 7000 mètres cubes d’eau par heure sur le site de Roussillon.
Les élèves : « Pourquoi prendre tant d’eau dans la nappe qui sert aussi à l’alimentation en eau potable et qui est nécessaire aux êtres vivants ?
Monsieur KRESS : « L’eau est de bonne qualité et à une température constante (de 13 °C environ), ce qui permet de l’utiliser directement pour refroidir les procédés chimiques. L’eau est rejetée à 30 °C, mais elle ne réchauffe l’eau du Rhône que de 1/10ème de degré.
Les élèves : « Payez-vous l’eau que vous pompez dans la nappe phréatique ? »
M. KRESS : « Oui, on paie pour prendre l’eau, mais aussi quand on rejette l’eau aux voies navigables et on paie une troisième fois pour la pollution liée au fonctionnement de nos usines, cela nous coûte 800 000 € par an environ. On cherche aussi à réduire notre consommation d’eau… »
Avec ses 17 entreprises, la plate forme chimique est le plus gros employeur de la région, il y a aussi une histoire du site industriel depuis 1915, ancrée dans les mémoires des familles.
Ces usines sont bien nécessaires pour la vie locale, l’eau qu’elles utilisent l’est aussi…9 décembre 2006, rencontre avec deux pêcheurs « à l’ancienne » : Messieurs PERRET et CHAMPELET
La « pêche avec des engins »… cela ne fait pas très réglementaire, s’agit-il de braconnage moderne ?
Eh bien non, le pêcheur amateur aux engins possède un permis officiel et s’attache tout d’abord à la consommation familiale, mais c’est avant tout un grand spécialiste du fleuve et de ses berges.
« Je vis au bord du Rhône et je pêche depuis mon enfance » nous dit Monsieur PERRET, « je connais ses berges dans les moindres recoins ».
Monsieur PERRET est intarissable quand il s’agit de raconter des anecdotes sur « son fleuve »
-ses prises record, ses démêlés avec des gardes pêche, le partage du territoire fluvial entre chacun- bref, sur tous les événements qui ont fait la vie du fleuve.
« Les engins, ce sont des filets de formes et de tailles différentes : on utilise l’araignée, un grand filet de 15 mètres avec une maille de 27 mm pour le gros poisson, le carré pour la friture, l’épervier, la nasse… », encore une fois, nos deux pêcheurs racontent avec enthousiasme leur passe temps favori.
Mais quand on lui parle du « vieux Rhône », Monsieur PERRET prend un autre ton :
« Il n’y a pas de « vieux Rhône », il y a LE Rhône et le canal… avant le barrage, le Rhône était vif, puissant, imprévisible… maintenant, il est toujours bon pour la pêche, mais fini les courses en barques, les crues qui envahissaient les rues de Sablons, le fleuve est dompté ».
Pour nos pêcheurs, le Rhône a été transformé à jamais, défiguré et ce sont eux qui portent la mémoire du fleuve, le fleuve sauvage… avec ses « tresses mouvantes», comme autrefois…
Malgré tout, ils se sont adaptés à cette évolution, tout comme l’ensemble des riverains de la vallée du Rhône.
Alors maintenant, pensons à nos enfants et petits enfants de demain, faisons tout ce qui est possible pour préserver cette merveilleuse réserve naturelle qu’est l’île de la Platière et leur léguer un « vieux Rhône » tout neuf.Réalisé par les élèves de la 5ème 3 du collège de Salaise sur Sanne et plus particulièrement pour la rédaction et le reportage photos : Camille FINAND, Morgane SARZINSKI, Océane SPINELLA-LABAT, Stéphanie SANCHEZ et Yoan HERZALLAH,
avec l’aide de leurs professeurs : Madame VAUMONT (français) et Monsieur DEHANT (SVT).